Gérard LETELLIER

Gérard LETELLIER

 

Gérard Letellier nous a quittés fin juin ; je l’ai appris par un mail d’un très bon ami, avant que « le milieu » de l’orgue ne le sache vraiment.

 

Il a été mon professeur d’orgue et dans mon souvenir il reste « jeune »… c’est-à-dire l’âge que j’ai aujourd’hui. Je parle des années 80. A cette époque, il n’avait pas cinquante ans.

 

Je fus son étudiant à l’Institut de Musique Liturgique (IML), département de l’Institut Catholique de Paris situé rue d’Assas dans le 6ème arrondissement. A l’IML, les cours étaient ainsi organisés : il y avait trois cycles ; et un professeur par cycle. Après le cycle « débutants », il y avait un cycle 2 (« cours moyen », si mes souvenirs sont bons), dont Gérard Letellier était le professeur. En cycle supérieur, le maître était Edouard Souberbielle ; puis, au décès de ce dernier, fut nommé le jeune et brillant Olivier Latry.

J’ai connu cette passation ; j’ai pu assister, deux années de suite, aux examens de fin d’année de la classe d’Edouard Souberbielle, qui avaient lieu à l’Eglise des Carmes. Mais je n’ai pas fait le Cycle supérieur à l’IML.

 

Les débutants prenaient leurs cours dans les studios d’orgue, situés dans les caves de la rue d’Assas. Deux orgues à tuyaux étaient là, l’un de 4 jeux ( ? ), l’autre de 10 jeux. Longtemps après le cycle débutant, j’y suis allé répéter ; on réservait son studio et on payait à l’heure : 4 francs l’heure pour le petit orgue ; 10 francs pour le grand instrument.

 

Une fois au cours moyen, j’ai eu mes cours, tous mes cours, à l’église Saint-Pierre du Gros Caillou dont Gérard Letellier était le titulaire.

 

Cette église possèdait  -possède toujours- deux orgues, en fait dans deux nefs : une nef ancienne, l’église d’origine ; une nef récente, dans le même sens et dans le prolongement de la première.

L’orgue de l’église « primitive » était un gros Danion-Gonzalez de tribune, situé en toute logique au-dessus de l’entrée, instrument mécanique de bonne facture, avec tirage électrique des registres. C’est un orgue de 1976, succédant à l’orgue de Convers (1924).

L’autre église possédait aussi un Danion, bien moins convaincant.

 

Je me souviens de mon premier cours avec Gérard Letellier. Ce samedi-là, je descends du bus 28. Je parcours à pied toute la rue Cler. J’arrive en avance et attends en bas. J’entends la Canzone de Bach, assez mal jouée. Puis, après un temps de silence, la même Canzone, cette fois très bien. Le discours avançait et respirait. Il y avait des phrasés, des articulations qui alors m’étaient inconnus ! Sûr, c’était cette fois le professeur, aux claviers.

Arrive l’heure de mon cours. Je monte alors, fais connaissance avec Gérard Letellier.

 

Tout ce que j’aime dans l’orgue s’est probablement produit ce jour-là. J’y repense parfois. 

 

Je me souviens de son exigence et de sa rigueur, notamment pour l’apprentissage du rythme (une affaire redoutable dès lors qu’il s’agissait de jouer sur l’orgue « molasson » de l’église moderne). Exigeant, Gérard Letellier l’était. Mais il savait nous encourager et croire dans notre potentiel.

 

De quelle « école » relevait-il ? Disons, encore une fois, que l’articulation, le travail du toucher, étaient choses essentielles pour lui. Il avait connu Marcel Dupré tout jeune, à Meudon, et le respectait. Mais, sur le legato absolu, cette sorte de tout ou rien du : « on tient, ou on lâche à la moitié », il avait évidemment pris les plus grandes distances. Comme bien d’autres, de Noelie Pierront (à qui il avait succédé à St-Pierre du Gros Caillou, en 1970 ; actuel titulaire : Renaud Vergnet) à André Isoir, il savait faire la part des choses.

 

Gérard Letellier n’était pas carriériste. Il jouait en concert là où on l’invitait, et ses prestations étaient toujours de très haute tenue. Il s’est produit plusieurs fois à Notre-Dame de Paris dans les concerts du dimanche après-midi. J’ai assisté à deux de ses prestations à Notre-Dame. Dont une fois où il avait joué la Sonate sur le Psaume 94 de Julius Reubke, dans ces années où personne ne jouait cela en France. Disons que tout le monde s’y est mis à sa suite.

 

Il reste pour moi et tant d’autres un grand organiste doublé d’un pédagogue généreux. De cela, je ne donnerai qu’une preuve. Dans les années 80, où le téléphone portable n’existait pas, on tombait bien souvent sur son épouse Annick quand on appelait chez lui. 

« Il n’est pas là. Il est au Mans, et revient après-demain ». Mais alors Annick Letellier me posait quelques questions, demandait de nos nouvelles, savait que son mari était heureux parce qu’on lui avait bien joué telle pièce en cours.

 

Voilà une preuve irréfutable que ses étudiants comptaient pour lui. Et la clé de la réussite du tandem professeur / élève est certainement là.

 

Quand je remontais la rue Cler, je me disais : « lui qui joue en concert, à Notre-Dame ou ailleurs, va m’accorder du temps. Du temps pour moi seul ».

 

Rien que d’y penser, je marchais plus vite. 

Commentaires (3)

1. Pierre ASTOR dimanche, 20 Septembre 2015

je suis tombé par hasard sur cette page que je trouve formidable. Car j'ai peu connu Gérard Letellier -seulement comme membre de jury- mais la description apparait telle que je me le représentais. Elle donne un excellent aperçu des rapports élève - professeur, tels que nous les avons pratiqué il y a 30 ans. Bravo!

2. jean-pierre-baston (site web) jeudi, 14 Novembre 2013

Merci pour ce mail. Je vois comme adresse: phgueguen: s'agit-il d'Hélène Guéguen (ma collègue de Perpignan) ?

L'orchestre du Mans au Gros Caillou à Paris: j'y assistais dans le public ! A l'époque, j'avais même une perche avec micros couple x y , et j'avais enregistré, avec l'autorisation de Gérard Letellier. Je ne sais évidemment plus où est cet enregistrement !
En tous cas, il était un merveilleux musicien, et je lui dois beaucoup !

JPB

3. Guéguen mercredi, 13 Novembre 2013

J'ai appris ce week end, seulement, le décès de Gérard Letellier.
Par un de ses anciens élèves qu'il avait eu au Mans dans les années 2000, je crois.
Professeur d'orgue, il fut nommé directeur du Conservatoire du Mans en remplacement d'un directeur qui ne faisait pas l'unanimité autour de lui.
C'était il y a longtemps, je faisais de la trompette au Conservatoire du Mans dans les années 1975 - 1981.
Et, arrivé au niveau moyen, je suis entré dans la classe d'orchestre du Conservatoire dirigée par Gérard Letellier.
Je garde d'excellents souvenirs de Gérard Letellier, toujours patient avec les musiciens, et d'une humeur joviale.
Une fois, l'orchestre avait joué à Paris; à l'église Saint-Pierre du Gros Cailloux. On était parti en car du Mans, et on avait joué l'après-midi à l'église, je me rappelle, on avait joué un mouvement de la IV ème symphonie de Beethoven !

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